On ne sait pas vraiment comment naît une passion comme celle-là. Chez Le Collectionneur, elle semble avoir toujours été là, discrète d’abord, puis de plus en plus présente, jusqu’à devenir une manière d’habiter le monde. Il y a des envies qu’on ne choisit pas ; celle-ci, il l’a simplement laissée grandir.
Il a quelque chose du chineur plus que du connaisseur pressé. Les lieux où l’on montre de l’art, il les traverse sans itinéraire fixe, s’arrêtant parfois longuement devant une pièce que personne ne remarque, indifférent à ce qui fait consensus autour de lui. Le marché, les cotes, les modes du moment : tout cela l’effleure sans jamais vraiment le retenir. Ce qui compte, c’est ailleurs une couleur qui accroche le regard, une matière qu’on a envie de toucher, un sujet qui fait sourire sans qu’on sache pourquoi.
Nice tient une place à part dans cette histoire, comme un port d’attache plus qu’un décor. On y devine des habitudes anciennes, des lieux revisités, des visages familiers croisés au fil des années. Quelque chose, dans cette ville, a dû nourrir ce regard-là une lumière, une proximité avec certains artistes, une façon d’y vivre l’art au quotidien plutôt qu’en spectateur de passage.
Sa fidélité est sans doute son trait le plus net. Un artiste qui l’a touché une fois ne le quitte plus vraiment : il revient voir ce qu’il devient, sans hâte, sans chercher à tout posséder d’un coup. Certains le savent attentif à leur travail depuis longtemps, bien avant qu’on en parle ailleurs. D’autres se souviennent d’un regard posé sur une œuvre, un jour, qui a compté plus qu’ils ne l’auraient cru.
Il n’aime pas les catégories trop nettes. Une pièce ancienne et un geste né dans la rue peuvent très bien cohabiter, pourvu qu’ils partagent une même intensité. Ce que d’autres appelleraient du désordre, il y voit une évidence, la sienne, construite au fil du temps plutôt que pensée d’avance.
Ce qui frappe, chez lui, c’est l’absence de mise en scène. Il ne collectionne pas pour qu’on le sache. Les œuvres vivent avec lui, changent de place, se prêtent parfois, s’effacent un temps avant de resurgir ailleurs. Les montrer aujourd’hui n’a rien d’une consécration : c’est simplement une manière de prolonger une conversation commencée depuis longtemps, œuvre après œuvre.